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Un jardin contemporain entre architecture et paysage

Pensé dans une étroite relation avec l’architecture de la villa, ce projet paysager est né d’une volonté commune : faire du jardin le prolongement naturel de la maison.

Le projet s’appuie sur les qualités existantes du site — grands arbres, oliviers, relief naturel, vues et présence de l’eau — pour recomposer un jardin cohérent, structuré et profondément intégré à son environnement.

Révéler le potentiel du lieu

À l’origine, la propriété bénéficiait déjà d’un patrimoine végétal remarquable, notamment de beaux oliviers et de grands chênes, ainsi que d’un aqueduc ancien dans la partie basse du terrain.

Mais malgré ces qualités, les différents espaces du jardin semblaient juxtaposés et manquaient d’une véritable continuité avec l’architecture contemporaine de la villa.

L’enjeu du projet n’était donc pas de repartir de zéro, mais de révéler le potentiel du lieu et de donner une cohérence à l’ensemble de la propriété.

La topographie, les différents niveaux, les accès existants, la piscine et la cuisine extérieure ont ainsi été intégrés à une nouvelle composition paysagère.

Le jardin a été pensé comme une succession de séquences, avec une attention particulière portée aux perspectives depuis la maison et aux relations entre les différents espaces extérieurs.

Une restanque pour structurer le jardin

L’un des gestes majeurs de cette transformation concerne un important talus situé devant les chambres, à proximité de la piscine.

À l’origine constitué de rocailles assez désordonnées, ce talus contrastait fortement avec les lignes géométriques de la villa.

Il a été entièrement restructuré pour devenir une restanque dessinée et structurée par des traverses.

Cette intervention répond à plusieurs enjeux à la fois : gérer la différence de niveau, créer davantage d’intimité devant les chambres, séparer les usages et donner une véritable structure au jardin.

La restanque accueille notamment un olivier ancien et une végétation généreuse. Ses lignes font écho à celles de la villa et permettent ainsi de créer une continuité visuelle entre architecture et paysage.

Le jardin ne vient plus simplement entourer la maison : il participe pleinement à son architecture.

Travailler les perspectives comme des tableaux

La perspective constitue l’un des fils conducteurs du projet.

Depuis l’intérieur de la villa, les ouvertures ont été utilisées comme de véritables cadrages sur le jardin. Certaines perspectives traversent même la maison pour relier visuellement plusieurs espaces de la propriété.

Depuis l’aire de stationnement, les oliviers et les alignements accompagnent progressivement l’arrivée vers l’entrée.

Une fois la porte franchie, une grande baie vitrée cadre le jardin comme un tableau.

Dans son axe, une table d’eau en acier Corten prolonge le regard. Les cyprès d’Italie accentuent la profondeur et la verticalité de la composition. Au-delà apparaissent la piscine puis la cuisine extérieure.

Chaque élément a ainsi été pensé en relation avec les autres pour créer une lecture continue du paysage.

Le Corten comme fil conducteur

L’acier Corten occupe une place importante dans la composition.

La table d’eau a été dessinée dans l’une des grandes perspectives du jardin. Dans son prolongement, la cuisine extérieure reprend ce même matériau.

L’objectif n’était pas de multiplier les éléments décoratifs en Corten, mais de créer une continuité visuelle et architecturale entre les différentes parties du jardin.

Cette cohérence entre matériaux, lignes et perspectives permet de faire dialoguer les espaces extérieurs avec l’écriture contemporaine de la villa.

Un jardin méditerranéen, sans interprétation littérale de la Provence

Le projet s’inscrit dans un environnement méditerranéen, mais avec la volonté de ne pas reproduire une image trop attendue ou décorative du jardin provençal.

La palette végétale a été pensée pour créer un jardin structuré mais vivant, capable d’évoluer au fil des saisons.

Les cyprès d’Italie apportent des verticales fortes et permettent de cadrer certaines vues. Ils ponctuent les perspectives et renforcent l’ancrage méditerranéen du jardin.

Les végétaux existants ont été largement conservés afin de préserver la relation avec le paysage environnant, notamment les grands chênes du vallon.

Le jardin s’inscrit ainsi dans son environnement plutôt que de chercher à s’en isoler.

Une seconde partie de jardin, plus intime et contemplative

Environ deux ans après la première intervention, le projet s’est poursuivi avec la transformation d’une partie latérale de la propriété.

Plus étroite, en pente et largement ombragée par les arbres, cette zone présentait des contraintes très différentes.

Plutôt que de chercher à les effacer, le projet les a transformées en véritables qualités paysagères.

L’ombre permet ainsi de créer une atmosphère plus fraîche, luxuriante et intime, où le végétal, le minéral et l’eau prennent une place différente.

La palette végétale évolue : érables japonais, graminées, hortensias et feuillages généreux composent une ambiance plus contemplative, avec une sensibilité légèrement japonisante.

Cette partie du jardin ne cherche pas à reproduire les codes d’un jardin japonais, mais travaille davantage les notions de contemplation, de texture, de mouvement et de présence de l’eau.

L’eau comme élément architectural et sensoriel

Dans cette seconde séquence, une fontaine en forme d’aqueduc constitue l’un des éléments forts du projet.

Elle fait écho à l’aqueduc ancien présent dans la partie basse de la propriété, sans chercher à le reproduire.

Cette réinterprétation contemporaine crée un lien subtil entre les différentes parties du terrain.

L’eau apporte également une dimension sonore au jardin. Elle accompagne les plantations, anime cet espace ombragé et renforce son caractère intime.

Le jardin devient alors une expérience qui ne repose plus uniquement sur ce que l’on voit, mais également sur les sons, les textures, la fraîcheur et les variations de lumière.

Une collaboration étroite entre conception et réalisation

La réussite de ce projet repose également sur la complémentarité entre les différents intervenants.

La conception paysagère de Romain Coûteaux / RC-Paysage s’est construite en dialogue avec l’architecture de la villa, avec une volonté commune : donner l’impression que la maison et le jardin avaient été pensés simultanément.

Accent du Sud a ensuite assuré la réalisation du chantier paysager, en mettant en œuvre cette conception et en donnant corps aux différents espaces imaginés.

De la restructuration des niveaux aux circulations, des aménagements minéraux aux plantations, chaque intervention participe à la cohérence générale du projet.

Le chantier a également nécessité des arbitrages pour préserver l’équilibre global du projet. Ainsi, un cheminement initialement imaginé sous la forme d’un ponton en bois, inspiré de l’univers de la voile cher aux propriétaires, a finalement été réalisé en pas japonais.

Une adaptation qui a permis de conserver l’esprit de la proposition tout en maîtrisant le budget du projet.

Un jardin pensé pour évoluer

L’une des particularités de cette réalisation est qu’elle s’est construite dans le temps.

La première phase a permis de restructurer les principaux espaces de vie autour de la maison et de la piscine. Deux ans plus tard, une nouvelle intervention est venue compléter le projet avec la création de ce jardin d’ombre plus intime.

Cette évolution rejoint une idée essentielle du projet paysager : un jardin n’est jamais figé.

Les plantations vont grandir, les arbres évoluer, les perspectives se transformer et les différentes séquences gagner en maturité.

La conception doit donc être pensée non seulement pour le jardin tel qu’il est au moment de sa réalisation, mais aussi pour ce qu’il deviendra dans cinq, dix ou quinze ans.

Une réalisation paysagère entre architecture et nature

À travers ce projet, Accent du Sud affirme une approche du paysage fondée sur l’écoute du lieu, la précision des aménagements et la recherche d’une véritable continuité entre architecture et jardin.

La première partie du projet, plus ouverte et structurée autour de la villa, de la piscine et des grandes perspectives, dialogue avec un paysage méditerranéen largement préservé.

La seconde, plus ombragée et confidentielle, propose une expérience différente, tournée vers la fraîcheur, l’eau et la contemplation.

Deux atmosphères différentes, mais une même écriture : celle d’un jardin conçu sur mesure, en réponse à son architecture, à sa topographie et à son environnement.

Une réalisation qui illustre pleinement le travail d’un paysagiste à Aix-en-Provence : concevoir des espaces extérieurs qui ne se contentent pas d’être beaux, mais qui s’intègrent durablement à un lieu et à une manière de l’habiter.

 

Conception : Romain Coûteaux
Réalisation : Accent du Sud Paysage
Photographe : Gabrielle Voinot